Madame, svp?

Architecte d’interieur ou designer d’interieur?

Bon alors je fais quoi moi en tant que client en France, je fais appel à un architecte d’intérieur ou à un designer d’intérieur comme dans n’importe quel pays anglo-saxon ?

Aïe aïe aïe ! Il est vrai que la dénomination architecte d’intérieur est ambivalente, parfois complétement méconnue voir ramenée à l’état d’architecte pour faire plus simple. De ce fait les architectes ne sont pas contents (pas tous bien sûr J) et nous, cela ne nous aide pas à avoir une définition claire de notre métier pour le grand public qui finalement parle de déco.

Quelques explications ne feront pas de mal !
(Ebauche personnelle suite à la conférence tenue par Pierre-Etienne Feertchack professeur et designer)

La particularité du design est qu’effectivement il n’existe pas une définition unique et définitive dans la mesure où celle-ci se réinvente à chaque époque, en suivant les évolutions, les cultures et le travail de designers du monde entier.

Historiquement les 1ers designers sont des graphistes, des illustrateurs et des architectes qui vont appliquer leurs méthodes à l’objet. On ne regardait alors pas forcement si cela fonctionnait mais avant tout la forme (exemple : la chaise de Rietveld en hommage à Mackintosh). On parle alors plus de stylisme dans ce sens où le style habille.

La 2e racine du design vient peu après avec la connexion qui s’établit entre industrie et ingénierie. Dès lors le design naît et s’affranchit du style pour prendre en charge la technique et la fabrication (exemple : Dreyfus et Loewy avec l’écrémeuse ou encore le taille crayon magique). La qualité mesurée (travaille de l’ingénieur) et la qualité perçue (travaille du designer) s’allient pour donner naissance au design. Un design qui n’est pour autant pas sans style puisque Raymond Loewy lui même disait « La laideur se vend mal ».

La 3e racine vient du rapprochement du design avec le marketing. Un secteur qui va avoir un fort ascendant sur le design puisqu’il amène à définir une cible précise (client, utilisateur…), des préconisations et bien d’autres critères en fonction de besoins établis.

La 4e racine provient de la notion de doute dans les années 80. Le design s’interroge sur ce qui fait signe et sens. Autrement dit le syndrome du pingouin qui à 100 mètres du rivage perçoit uniquement des cubes blancs tous identiques. Cuisinière, frigo, machine à laver, sèche-linge, tout se ressemble !!

La 5e racine vient consolider l’édifice design avec les sciences humaines (sociologie, archéologie…). Une méthodologie se met en place faisant naître « le projet dit de design ». On prend désormais en compte une unité d’action, de lieu, de temps. On détermine un scénario en identifiant les acteurs, l’univers et les besoins exprimés ou détectés compte tenu de l’environnement.


Au niveau institutionnel, qu’est-ce qu’ils en disent ?

Que ce n’est pas gagné non plus !!! Mais il est intéressant de lire que l’IHEST (Institut des hautes études pour la science et la technologie) a écrit un rapport d’étonnement sur un atelier mené sur le Design pour l’intérêt général lors du cycle national de formation 2012-2013. En voici quelques lignes extraites pour servir le sujet :

« Designer le monde de demain est devenu une ambition caressée par nombre de décideurs publics et privés.

Pourtant, la culture française valorise plus une approche technique et technologique du produit ou du service ; l’art et l’industrie demeurent cloisonnés tout comme le marketing et la recherche alors même que le design propose l’articulation entre ces dimensions.

Le design s’entend comme une approche novatrice, globale et intégrée, créatrice de valeur et source de différenciation. Il amène, sous toutes ses formes, une diversité d’état d’esprit nécessaire à la conduite du changement, plaçant l’Homme, l’utilisateur, au cœur de la réflexion.

Etymologiquement, le design correspond à la fois à la conception, au dessin, et au « dessein », c’est-à-dire, ce à quoi est destiné l’objet, qui n’existe pas en tant que tel mais qui trouve son sens au travers de la pleine satisfaction qu’il procurera à son utilisateur. Cette « approche design » est résumée en ces termes « le sujet du design n’est pas l’objet mais l’individu ». Le « design » met ainsi l’utilisateur au cœur de son approche et, plus précisément, l’expérience de l’utilisateur au centre de sa réflexion.

Cette conception centrée sur l’utilisateur considère qu’il est tout à la fois objet et acteur central de son propre changement : son implication est au cœur de la transformation.

Le design est donc une démarche créative méthodique centrée sur l’expérience de l’utilisateur qui peut être généralisée à tous les projets de conception et qui permet d’apporter une réponse plus adaptée aux bénéficiaires. « Le design est un ajustement au présent mais aussi une projection dans le futur » sans toutefois nécessairement impliquer la mise en œuvre de technologies innovantes.

De l’objet à la société, la force créatrice du design permet l’émergence du designer en tant qu’acteur de la société, offrant à l’humanité des voies alternatives de progrès et d’autres perspectives d’adaptation qui probablement recentreront l’homme sur son humanité.

Le designer est souvent vu comme celui qui donne des formes épurées, voire « tendance » à des objets du quotidien. Entre styliste industriel participant au « star system » et consultant ciblant le marché des services aux citoyens, en passant par les architectes de décoration intérieure, les acceptions de ce métier couvrent une large palette d’activités et de compétences souvent déconnectées les unes des autres. Or sa fonction ne se limite pas à faire de « beaux objets ». Il contribue directement à un processus de conception de produits et de services en adéquation avec les besoins des utilisateurs. Le designer a pour mission de favoriser le bien- être des utilisateurs avec une dimension esthétique forte. Une des premières tâches du designer est de faire émerger le « vrai besoin » en se détachant des solutions techniques. Il se focalise sur l’utilisateur.

Pourtant, le designer cherche sa place dans la société. Il est en effet plus facile de dire ce que n’est pas le designer que ce qu’il est… Il n’est ni un ingénieur, ni un architecte, ni un consultant, ni un marketeur, ni un sociologue… Pour autant il emprunte à toutes ces disciplines ! La profession reste à la fois atypique et en mal de reconnaissance. Elle n’a commencé à se structurer réellement que dans les années 60, avec la création d’écoles de design et d’associations professionnelles.

Les méthodes utilisées par le design permettent de faire émerger des solutions innovantes, souvent simples ou qui paraissent de bon sens. Elle redonne du sens en utilisant le bon sens. »


En bref me direz-vous?

Aujourd’hui la formation en BTS ne se fait plus en BTS architecture intérieure mais en design d’espace. Le Cfai reste campé sur les termes conseil français des architectes d’intérieur, quant à l’Unaid, on oscille entre deux avec l’union nationale des architectes d’intérieur et designer.

En bref faites ce que vous voulez ?! Mais une chose est certaine c’est que l’architecte d’intérieur et le designer ont beaucoup de points en commun. Et si on le qualifie de designer d’intérieur ou interior designer en anglais, cela a tout son sens, non?

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